Les coups bas de la Webcampagne
Vu sur Marianne2007.info - L'élection présidentielle de 2007 vue par la rédaction de Marianne
SarkoTV, Bayrou.fr, Désirs d'avenir : pour participer à la campagne électorale, pensez à vous connecter. Sur les murs gris des villes, plus d'affiches collées à la sauvette ; balayés aussi les tracts polluant les trottoirs. « A Lyon, on a constaté une véritable baisse de l'affichage électoral, confirme Hugues Geiger, l'adjoint au maire. Les seuls à persister sont le Front national et Philippe de Villiers ». Idem à Paris, Bordeaux ou Strasbourg. Et pour cause : les militants s'agitent en numérique. On post, on ajoute ses commentaires, on débat en ligne, quand on n'interpelle pas carrément un candidat sur son blog pour lui dire sa façon de penser. Les médias s'en nourrissent, les partis les alimentent. Seul hic : la Toile mondiale recèle bien des pièges et permet bien des coups bas. Pour y voir plus clair, Marianne2007.info vous propose quelques principes de précaution essentiels contre l'intox.
Ne pas croire ce que l'on voit.
Grâce à plusieurs serveurs comme Youtube, VPod ou Dailymotion, les vidéos en ligne et autres podcasts sont devenus un outil essentiel de propagande ou d'information. Mais certains clips de campagne n'hésitent pas à ridiculiser l'adversaire de façon cinglante, comme le célèbre « Vrai Sarkozy » produit par des militants strauss-kahniens il y a quelques mois. Avantage parmi d'autre : les lois ordinaires sur la diffamation n'ont pas court sur le Web. On peut donc attaquer, calomnier, insulter sans risque de représailles. Autre subtilité : il est quasiment impossible de savoir qui a mis en ligne une vidéo. Un militant ? Un simple citoyen ? Les membres d'une équipe de campagne ?Se méfier des chiffres
Mais le plus gros problème reste la pertinence des petits films offerts aux internautes. Jusqu'à présent, il était couramment accepté que plus une vidéo était regardée, plus elle était populaire. Or, phénomène étrange, on s'aperçoit que sur Dailymotion, les films les plus vus sont ceux du Parti communiste. Avec des nombres de visionnages astronomiques : plus de 550 000 pour chaque interview de Marie-George Buffet. Même chose pour le Vrai Sarko, qui aurait été vu plus de 1,5 million de fois. « Nous mettons en place des procédures pour éviter que des robots ou des militants ne cliquent indéfiniment sur les vidéos pour augmenter leur popularité, explique Benjamin Ebaum, P-DG de dailymotion. Nous avions déjà des outils, mais nous devons les affiner. Cependant, nous avons déjà commencé les vérifications, et je peux vous assurer que la vidéo de Ségolène Royal évoquant les 35 heures dans l'Education nationale a, elle, été effectivement regardée plus de 640 000 fois comme l'indique notre compteur. »Tout ce qui est virtuel n'est pas réel.
Autre outil de campagne fort utile : la pétition en ligne. José Bové a ainsi vu sa candidature relancée grâce à la mobilisation de ses partisans sur unisavecbove.org. Plus de 30 000 signatures en trois semaines ! Mais, là encore, rien n'est simple. Pour s'inscrire sur la pétition, il suffit d'entrer un nom, un prénom et une adresse e-mail. Or, si un militant un peu chevronné voulait faire « buzzer » José Bové, il n'aurait qu'à se créer plusieurs adresses mails fictives. Pas de besoin d'être bac+20 en informatique : il suffit d'ouvrir des comptes, gratuits, sur free, yahoo, gmail, wanadoo, aol, etc. « En plus d'outils de filtrage informatiques, cette pétition mobilise une quinzaine de modérateurs bénévoles, explique Minga, le créateur du site unisavecbove.org. Chaque signature est analysée avant d'être validée. On en retire 10% : des gens qui s'inscrivent deux fois, des faux noms… » Cette procédure n'a pas suffi à empêcher un Thierry Henry tout à fait imaginaire de signer pour Bové à la mi-janvier. Il a fallu un démenti officiel de l'attaquant d'Arsenal pour réparer l'erreur…Ne pas ramasser tout ce qui traîne.
Les blogs sont devenus, en peu de temps, l'arme ultime de la campagne. Et pas seulement parce que chaque politicien, militant, journaliste ou homme d'influence a le sien. Non, la raison numéro un, c'est que le blog est l'arme ultime d'intoxication. Contrairement à un site Web classique, il est absolument impossible de savoir qui se cache derrière. Et si l'on peut se douter que le blog jaimepaslesriches.com n'est pas le fruit de sympathisants socialistes si, on peut se demander, à l'inverse, le blog récemment créé pour appeler au retour Dominique Strauss-Kahn contre Ségolène Royal n'est pas une pure entreprise de désinformation des ennemis politiques du PS… « En fait, un blog, c'est comme une feuille de papier qu'on laisserait traîner dans le métro ou dans la rue, explique un blogger. Impossible de savoir qui l'a écrit, ni combien de gens l'ont lue. »Ne pas se laisser « bomber ».
L'affaire a fait grand bruit : début janvier, un envoi de mails massifs (ce que l'on appelle dans le jargon un « google bombing ») interpelle électeurs et journalistes sur le patrimoine du couple François Hollande-Ségolène Royal et sur leur société civile immobilière « La sapinière ». Evidemment, impossible de savoir en un click qui est à l'origine du mail. Plus grave : la désinformation contenue dans ce mail - qui accuse le couple de ne pas payer l'ISF ou encore d'être détenteur d'un appartement dans le VIIème arrondissement – tarde à être démentie. Résultat : dans l'esprit de bien des lecteurs, les éléments faux se mélangent à la vérité sur le patrimoine de Ségolène Royal. « Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose », disait Beaumarchais.Mais le pire piège, c'est peut-être encore de croire que la campagne se passera sur Internet : n'oublions pas que plus de la moitié des Français n'ont pas de connexion haut débit… et que les bloggers, les journalistes et les politiques qui communiquent de sites en mails, ce n'est jamais que la bulle, version techno !
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